Quand les premiers flocons commencent à tomber, les motoneigistes n’ont généralement qu’une chose en tête : le début de la saison de motoneige. Pourtant, bien avant que les premières motoneiges puissent circuler, un énorme travail doit être réalisé dans l’ombre.

Préparer les sentiers de motoneige ne consiste pas simplement à attendre une bonne bordée de neige avant de sortir les surfaceurs. Entretien de la machinerie, inspection des grattes, installation de la signalisation, négociation des droits de passage, aménagement des sentiers, entretien des refuges et premiers passages des surfaceurs : la préparation commence plusieurs semaines, voire plusieurs mois avant l’ouverture officielle.

Depuis quelques années, je suis directeur et opérateur de surfaceur pour le Club ASAN, un club de motoneige de la Montérégie reconnu pour la qualité de ses sentiers, et ce, malgré une région qui reçoit généralement moins de précipitations de neige que plusieurs autres secteurs du Québec.

Motoneiges.ca: préparation des sentiers de motoneige

La préparation des sentiers commence bien avant la première neige

Avant même de penser au surfaçage des sentiers, il faut s’assurer que toute la machinerie est prête à affronter une autre saison.

Une panne de surfaceur au cœur de l’hiver peut avoir des répercussions importantes sur l’entretien des sentiers. Comme la saison de motoneige est parfois très courte, chaque journée compte.

C’est pourquoi l’entretien préventif des équipements constitue une étape incontournable.

Un entretien rigoureux des surfaceurs avant l’hiver

Les bénévoles et responsables du club effectuent une inspection complète de chaque surfaceur avant le début de la saison.

Parmi les principaux travaux réalisés :

  • changement d’huile selon les recommandations du fabricant;
  • graissage de tous les points requis;
  • inspection des pièces mobiles;
  • vérification des systèmes de traction;
  • inspection de l’éclairage;
  • vérification générale des composantes mécaniques.

L’objectif est simple : réduire au minimum les risques de bris lorsque les conditions deviennent enfin favorables au surfaçage.

Quelques heures investies dans l’entretien préventif peuvent éviter plusieurs journées d’immobilisation pendant la saison.

Inspection des grattes : une étape cruciale

La gratte est tout aussi importante que le surfaceur lui-même.

Elle est particulièrement sollicitée en début de saison, alors que la couverture de neige est encore mince et que le fond du sentier est souvent très irrégulier.

Avant l’hiver, nous vérifions notamment :

  • le serrage des boulons;
  • l’état et l’ajustement des couteaux;
  • la solidité des soudures;
  • les conduites hydrauliques et les éventuelles fuites d’huile;
  • le système d’éclairage.

La visibilité est extrêmement importante pour un opérateur de surfaceur, particulièrement lors des opérations nocturnes ou pendant une chute de neige.

Une gratte bien ajustée permet également de mieux travailler la neige disponible et de construire progressivement une base solide.

Signalisation des sentiers : la sécurité avant tout

La préparation d’un réseau de sentiers passe aussi par un inventaire complet des balises et panneaux de signalisation.

À l’automne, nous effectuons toujours un rappel auprès de nos bénévoles concernant les règles de signalisation recommandées par la Fédération des clubs de motoneigistes du Québec (FCMQ). Chaque club doit s’assurer que son réseau est adéquatement balisé et sécuritaire avant son ouverture.

La FCMQ joue un rôle majeur dans l’encadrement et le développement du réseau québécois de motoneige. Consulter le site de la Fédération des clubs de motoneigistes du Québec (FCMQ)

Lors de la préparation des sentiers, nous devons notamment nous assurer :

  • que les passages sont suffisamment larges;
  • que les courbes sont sécuritaires;
  • que les dangers potentiels sont clairement identifiés;
  • que les intersections et traverses sont correctement signalées;
  • que les balises permettent aux utilisateurs de demeurer dans le corridor autorisé.

La signalisation est essentielle pour les motoneigistes, mais elle est également très importante pour les opérateurs de surfaceurs.

Utiliser le terrain et le vent à notre avantage

Dans une région comme la Montérégie, où les accumulations de neige peuvent être plus modestes qu’ailleurs au Québec, chaque détail compte.

Lorsque nous déterminons le tracé d’un sentier, nous essayons, lorsque c’est possible, de longer :

  • un boisé;
  • une haie brise-vent;
  • des roseaux;
  • certains fossés protégés.

Pourquoi?

Parce que ces éléments contribuent à retenir la neige.

Dans notre cas, le vent peut même devenir un allié. La poudrerie transporte la neige vers le corridor du sentier, ce qui permet parfois d’augmenter progressivement l’épaisseur de la couverture après chaque passage du surfaceur.

Avec peu de neige disponible, il faut apprendre à travailler avec la nature plutôt que contre elle.

Motoneiges.ca: préparation des sentiers de motoneige

Droits de passage : un enjeu essentiel pour les clubs de motoneige

Notre région est principalement composée de terres agricoles.

Cela signifie qu’une partie importante du réseau repose sur des droits de passage accordés par des propriétaires fonciers.

Ces ententes sont essentielles. Sans elles, plusieurs sections de sentiers ne pourraient tout simplement pas exister.

Il est donc primordial pour un club d’entretenir de très bonnes relations avec les propriétaires.

La FCMQ rappelle d’ailleurs que de nombreux sentiers québécois sont rendus possibles grâce aux droits de passage consentis par des milliers de propriétaires fonciers.

Les cultures d’automne compliquent la préparation des sentiers

Depuis quelques années, un autre défi prend de l’importance : les cultures d’automne.

Le passage répété des motoneiges et des surfaceurs sur certaines cultures peut causer des dommages qui ne seront visibles qu’au printemps suivant.

Nous devons donc discuter avec les propriétaires afin de déterminer le meilleur tracé possible, réduire les risques de dommages et, lorsque nécessaire, prévoir une compensation.

Dans certains cas, la présence d’une culture oblige carrément le club à déplacer une section du sentier.

Cela entraîne énormément de travail :

  • négocier de nouveaux droits de passage;
  • modifier le tracé;
  • aménager de nouveaux passages;
  • installer des ponts ou ponceaux;
  • couper des branches;
  • déplacer la signalisation;
  • préparer le nouveau terrain.

Un simple changement de quelques kilomètres peut représenter des dizaines d’heures de travail pour les bénévoles.

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Des ponceaux pour ouvrir les sentiers plus rapidement

Au Club ASAN, nous avons aussi recours à une méthode particulièrement efficace pour certains fossés : l’installation de tuyaux de plastique servant de ponceaux.

Cette solution nous permet de réduire considérablement la quantité de neige nécessaire pour rendre plusieurs passages sécuritaires.

Sans ponceau, il faudrait parfois accumuler une quantité importante de neige afin de remplir suffisamment le fossé pour permettre le passage du surfaceur et des motoneiges.

Grâce à cette préparation effectuée avant l’hiver, certains secteurs deviennent praticables beaucoup plus rapidement.

Préparer les refuges avant l’arrivée des motoneigistes

Notre réseau comprend également cinq refuges, dont deux sont mobiles.

Ces deux refuges doivent être déplacés au printemps afin de permettre aux agriculteurs de travailler leurs terres, puis remis en place avant chaque nouvelle saison de motoneige.

Chaque automne, il faut donc :

  • repositionner les refuges;
  • effectuer un nettoyage;
  • réaliser les réparations nécessaires;
  • vérifier leur état général;
  • préparer une réserve de bois de chauffage.

Encore une fois, ce sont plusieurs heures de travail qui passent généralement inaperçues aux yeux des utilisateurs.

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Enfin, la neige arrive!

Après toutes ces semaines de préparation, arrive enfin le moment que nous attendons tous : la première vraie neige de la saison.

Dans un monde idéal, nous aimerions recevoir une bonne bordée d’une vingtaine de centimètres dès le départ.

Malheureusement, ce n’est pas toujours le cas.

Lorsqu’une mince couche de neige recouvre à peine les champs labourés, les opérateurs de surfaceurs commencent déjà leur travail.

Et croyez-moi : les premiers passages ne sont pas de tout repos!

Les premiers passages du surfaceur : patience obligatoire

Notre club entretient environ 270 kilomètres de sentiers avec quatre surfaceurs.

Cela représente près de 70 kilomètres par surfaceur, sans compter le trajet de retour.

En début de saison, lorsque les champs sont encore très cahoteux, la vitesse d’un surfaceur peut parfois être limitée à seulement 2 ou 3 km/h.

Imaginez maintenant parcourir 70 kilomètres… puis revenir.

C’est long. Très long.

Mais ces premiers passages sont essentiels.

L’objectif consiste à :

  • niveler progressivement les buttes de labour;
  • uniformiser le fond du sentier;
  • créer un léger bordage de chaque côté;
  • compacter la neige disponible;
  • empêcher cette neige de repartir avec le vent;
  • construire une base qui résistera mieux aux prochains redoux.

Chaque passage améliore le fond du sentier.

À partir du troisième passage, même avec seulement quelques petites chutes de neige supplémentaires, la différence peut devenir impressionnante.

Le sentier commence enfin à ressembler à celui que les motoneigistes attendent avec impatience.

Motoneiges.ca: préparation des sentiers de motoneige

Ouvrir rapidement… mais jamais au détriment de la sécurité

Grâce à tout ce travail effectué avant et pendant les premières neiges, nous réussissons régulièrement à ouvrir nos sentiers rapidement dans notre secteur.

Cependant, une ouverture hâtive ne signifie jamais que les conditions sont parfaites.

En début de saison, la prudence demeure essentielle. Des roches, fossés, branches ou autres obstacles peuvent encore être présents sous une mince couche de neige.

Il est donc important de respecter les indications et le statut officiel des sentiers avant de partir en randonnée.

Derrière chaque sentier, il y a des bénévoles

Chaque saison est différente.

La réalité d’un club de la Montérégie n’est pas nécessairement celle d’un club du Saguenay–Lac-Saint-Jean, de la Gaspésie ou de l’Abitibi-Témiscamingue.

Mais une réalité demeure commune à presque tout le réseau : l’importance des bénévoles.

Installation de signalisation, négociation des droits de passage, entretien des infrastructures, préparation des sentiers, surfaçage… leur contribution est essentielle au fonctionnement du réseau. La FCMQ souligne elle aussi que les bénévoles demeurent au cœur de l’activité motoneige au Québec. En savoir plus sur le bénévolat auprès de la FCMQ

Plusieurs consacrent énormément de temps à leur club et utilisent parfois leur propre véhicule pour se déplacer afin d’effectuer les nombreuses tâches nécessaires.

Alors, la prochaine fois que vous profiterez d’un sentier fraîchement surfacé, prenez quelques secondes pour penser aux nombreuses heures de travail qui ont précédé votre passage.

Et si vous disposez d’un peu de temps, pourquoi ne pas donner un coup de main à votre club local?

Vous rencontrerez d’autres passionnés, contribuerez directement au maintien du réseau et découvrirez probablement une facette de la motoneige que peu d’utilisateurs ont la chance de connaître.

Nos sentiers ne se préparent pas seuls. Derrière chaque kilomètre se trouvent des passionnés qui travaillent longtemps avant que le premier motoneigiste puisse tourner la clé.

TEXTE: Daniel Desmarais

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Les droits de passage : un lourd fardeau pour les clubs
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La prudence est toujours de mise
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