« Denis avait cette capacité presque désarmante de croire en quelqu’un avant même que cette personne soit capable d’y croire elle-même. »
Il y a des gens qui bâtissent des entreprises.
Il y a des gens qui bâtissent une industrie.
Et puis, il y a ceux qui bâtissent les autres.
Pour moi, Denis Lavoie faisait partie de cette dernière catégorie.
Je pourrais vous parler de Motoneiges.ca, de SledMagazine.com, de SnowShoot, de tous les projets qu’il a menés ou de l’immense réseau qu’il avait développé au fil des années.
Je pourrais vous parler de tout ce qu’il a accompli.
Mais je crois que beaucoup de gens raconteront cette histoire-là .
Moi, j’ai envie de raconter celle que peu de gens ont vue.
J’ai envie de raconter comment Denis faisait sentir les gens.
Parce que je crois sincèrement que c’est là qu’il était le plus grand.
Denis avait cette capacité de croire en quelqu’un avant lui-même
Denis avait cette capacité presque désarmante de croire en quelqu’un avant même que cette personne soit capable d’y croire elle-même.
C’est exactement ce qu’il a fait avec moi.
Pendant plus de dix ans, j’ai essayé de convaincre le monde d’une seule chose.
Que je savais réellement piloter une motoneige.
Pas « bonne pour une fille ».
Pas « correcte ».
Que je pouvais rouler avec les meilleurs.
Point.
Dans une industrie encore très masculine, j’ai souvent eu l’impression que ma présence dérangeait plus qu’elle n’inspirait.
Comme si chacun protégeait son petit morceau de gâteau… un gâteau qui, au fond, n’avait peut-être jamais vraiment existé.
On me souriait.
On m’encourageait.
On me félicitait.
Mais quand venait le temps de parler des vraies opportunités, mon nom disparaissait souvent de la conversation.
Je l’ai vécu dans mon milieu de travail.
Je l’ai vécu dans certains clubs de motoneige.
Je l’ai vécu jusque chez des concessionnaires.
À force de toujours devoir prouver sa valeur, quelque chose finit par s’user.
Au début, tu te bats contre les doutes des autres.
Puis un jour…
Tu commences tranquillement à te battre contre les tiens.
Jusqu’Ã presque oublier qui tu es.
Une rencontre qui a tout changé
Puis, en 2024, Patrick Roch m’a présentée à Denis.
Avec le recul, je réalise que Denis ne m’a jamais regardée comme « une fille qui fait de la motoneige ».
Il voyait simplement une pilote.
Une collaboratrice.
Une personne qui avait quelque chose à raconter.
Il m’a ouvert les portes de Motoneiges.ca et de SledMagazine.com avec une générosité qui m’a encore aujourd’hui de la difficulté à expliquer.
Il m’a fait confiance comme rédactrice.
Puis comme pilote d’essai officielle.
Et ce qui est beau…
C’est qu’il ne m’a jamais donné l’impression que je devais mériter ma place, encore et encore.
Il agissait simplement comme si cette place avait toujours été la mienne.
Ça peut sembler banal.
Mais ça change une vie.
Hay Days : une leçon que je n’ai comprise qu’après
Quelques mois plus tard, je réservais un billet d’avion pour Minneapolis afin de le rejoindre au Hay Days.
C’était notre première vraie rencontre.
Je me souviens encore de marcher avec lui dans les allées.
Toutes les cinq minutes, il s’arrêtait.
« Jessy, viens, il faut que je te présente quelqu’un. »
Ses amis.
C’est comme ça qu’il les appelait.
Des présidents d’entreprises.
Des responsables marketing.
Des ingénieurs.
Des pilotes.
Des gens dont les décisions influencent réellement notre industrie.
Et aujourd’hui, je réalise quelque chose qui m’avait échappé sur le moment.
Denis ne me présentait pas ces personnes pour me montrer qui il connaissait.
Il me les présentait parce qu’il croyait qu’elles devaient me connaître.
Il y a une énorme différence entre les deux.
L’un dit : « Regarde les contacts que j’ai. »
L’autre dit : « Je pense que tu as ta place ici. »
Ça… C’était Denis.
Il ne gardait pas les opportunités pour lui.
Il les partageait.
Il ne protégeait pas son réseau.
Il l’ouvrait.
Il voyait le potentiel de ses collaborateurs avant même qu’eux-mêmes en prennent conscience.
Il ne m’a pas seulement donné une plateforme
Aujourd’hui, plusieurs personnes me disent qu’elles aiment lire mes articles.
Qu’elles apprécient mon honnêteté.
Mon ton un peu différent.
Mon style « Jessy.P Unleashed ».
Mais cette voix-là …
Elle avait presque disparu.
À force de vouloir faire ma place, j’avais fini par vouloir prendre moins de place.
Par peur de déranger.
Par peur d’être « trop ».
Denis n’a jamais essayé de changer qui j’étais.
Il ne m’a jamais demandé d’être plus diplomate.
Plus discrète.
Plus consensuelle.
Il m’a simplement donné la confiance nécessaire pour être moi-même.
Et ça…
C’est probablement le plus beau cadeau qu’on puisse faire à quelqu’un.
La confiance peut parfois s’emprunter
On dit souvent que la confiance vient de l’intérieur.
Je ne suis plus certaine que ce soit toujours vrai.
Je pense que parfois, la confiance s’emprunte.
Quelqu’un croit tellement en toi qu’un matin, tu te surprends à penser :
« Peut-être qu’il voit quelque chose que je ne vois pas encore. »
Puis, tranquillement…
Cette confiance empruntée devient la tienne.
Aujourd’hui, quand j’écris.
Quand je prends position.
Quand je refuse de compromettre mon intégrité pour plaire à tout le monde.
Quand je décide d’être complètement transparente dans mes essais.
Une partie de ce courage vient de Denis.
Il ne m’a pas seulement donné une plateforme.
Il m’a redonné une voix.
Il m’a redonné confiance.
Et surtout…
Il m’a redonné une putain de colonne vertébrale.
Le véritable héritage de Denis Lavoie
Je crois que le véritable héritage de Denis n’est pas seulement le magazine qu’il laisse derrière lui.
Ce sont les gens.
Tous ceux qui marchent un peu plus droits aujourd’hui parce qu’il a choisi de croire en eux.
Tous ceux qui ont retrouvé leur voix parce qu’il a pris le temps de les écouter.
Tous ceux qui osent rêver plus grand parce qu’un jour, Denis leur a simplement dit :
« Vas-y. Je te fais confiance. »
Merci, Denis
Denis…
Merci de m’avoir rappelé que je n’avais jamais eu besoin de demander la permission d’avoir ma place dans cette industrie.
Merci de m’avoir présentée à tes amis… parce que tu croyais qu’un jour, ils deviendraient aussi les miens.
Merci d’avoir vu en moi quelque chose que plusieurs avaient choisi d’ignorer.
Je t’aime.
Merci pour tout.
Et si, dans vingt ans, quelqu’un écrit que Jessy.P a cru en lui avant qu’il soit capable d’y croire lui-même…
Alors je saurai que je t’aurai fait honneur. xox
— Jessy.P Pour Denis



