Un témoignage de Sébastien Ferron, Chroniqueur Motoneiges.ca, Tazmonster Sleds and Bikes, en mémoire de Denis Lavoie.
Ce texte, c’est mon message d’adieu pour mon ami.
Il s’adresse à Denis. À sa famille. Et à tous ceux dont il a croisé le chemin.
Le message qui a tout déclenché
2022-12-03, 12 h 27.
Ce message est arrivé sur Messenger.
« Allo ! Je suis Denis Lavoie de Motoneiges.ca. J’aimerais jaser avec toi lorsque tu auras une minute. On pourrait faire ça par téléphone ou Zoom, selon ce que tu préfères. »
Ha,ha, la minute la plus longue de ma carrière. Mais dans le bon sens.
Une chaîne YouTube née par passion, pas par ambition
Avant de vous parler de Denis, je dois vous parler un peu de moi.
J’ai lancé Tazmonster Sleds and Bikes il y a dix ans. Pas pour devenir célèbre. Pas pour faire de l’argent.
Je l’ai lancée parce que j’aimais ça. Parce que j’aimais aider le monde avec leur mécanique de motoneige. Parce que j’aimais faire découvrir des événements, des produits, des pilotes du sport motorisé et du vélo.
Pendant longtemps, c’était juste ça : un petit gars de Québec et de la Gaspésie, une caméra, un garage, et beaucoup de patience.
Je regardais les grandes chaînes avancer. Je les admirais. Mais je n’ai jamais osé me comparer à elles. J’étais trop gêné pour ça.
Je faisais mon affaire dans mon coin, tranquillement, sans grande attente.
Une rencontre qui ne devait rien au hasard
Denis m’a dit qu’il était très intéressé par moi et par ce que je fais. Il m’a invité à Saint-Luce, au quartier général de Motoneiges.ca. Pour un projet de web-série vidéo. Pour tourner des capsules de mécanique.
Encore aujourd’hui, je me demande pourquoi il s’est intéressé à moi.
Il y a tellement de créateurs de contenu dans notre industrie. Tellement de chaînes, tellement de voix. Pourquoi la mienne ?
Après notre rencontre de 60 à 75 minutes, j’ai compris une chose. Denis aimait s’entourer de gens qui parlaient le même langage que lui.
Pas le langage des chiffres ni celui des statistiques d’abonnés.
Le langage de la passion pure.
Denis était un rêveur. Un mordu. Quelqu’un qui vous entraîne avec lui. Qui vous fait connaître et vivre sa passion : la motoneige, le VTT, ou simplement tout ce qui a un moteur et roule hors route.
Il ne regardait pas votre nombre d’abonnés. Il regardait votre feu intérieur.
La peur du piège, et le choix de faire confiance
Je me suis longtemps demandé si c’était un piège.
J’étais tout petit dans le monde des médias, surtout sur YouTube. J’avais environ 200 abonnés.
Ce n’est presque rien, dans notre industrie. Un chiffre qu’on n’ose même pas dire à voix haute.
Alors pourquoi un homme comme Denis Lavoie, avec son réseau, ses contacts, son magazine, voudrait-il perdre du temps avec moi ?
J’ai retourné la question dans ma tête pendant des jours.
Mais je suis du genre à faire confiance aux gens, et à croire en eux. Alors j’ai décidé de lui donner cette chance.
Deux semaines plus tard, je me suis déplacé chez Denis.
Le trajet m’a semblé long. Mon cÅ“ur battait un peu plus vite qu’à l’habitude. Je ne savais pas trop à quoi m’attendre.
À la seconde où la porte s’est ouverte, Denis m’a serré la main. « Entre, entre, viens t’asseoir. Veux-tu quelque chose à boire ? »
Toute ma nervosité s’est envolée d’un coup.
Vous n’avez pas idée de la chaleur que cet homme dégageait.
On s’est assis. On a jasé comme deux vieux chums, pas comme un patron et un futur collaborateur.
Denis était rassurant. Connaisseur dans son domaine. Mais jamais il ne vous faisait sentir inférieur à lui.
Au contraire, Denis donnait de lui-même pour que vous puissiez le suivre. Parce que Denis était un rêveur généreux. Il ne voulait pas rêver seul.
Il voulait des complices. Des gens pour embarquer avec lui dans l’aventure.
Une passion qui devient une énergie
Cette journée-là , Denis m’a transmis un « boost » de passion. Il m’a donné l’énergie de vouloir faire plus.
La passion de Denis était une énergie merveilleuse. Elle pouvait transformer une journée de pluie en plein janvier en une belle tempête de belle poudreuse fraîche.
« Sais-tu écrire ? »
Après cette journée, Denis m’a demandé si je savais écrire.
Heu… Comment lui dire que je suis dyslexique ? Que je fais des fautes à toutes les deux lettres ?
Dans ma tête, j’ai pensé : « Il va changer d’idée quand il va voir mes textes. »
Mais Denis m’a convaincu. Il avait besoin de nouveaux angles pour certains articles. Il m’a demandé de faire partie de l’équipe.
Encore une fois, je ne savais pas comment j’allais y arriver.
Mais Denis voulait me faire voyager avec lui. Il m’a montré comment écrire avec la passion, pas avec la grammaire parfaite.
Il me disait souvent que les fautes se corrigent. Mais que la passion, elle, ne s’enseigne pas.
Si seulement mes profs à l’école avaient été comme lui. Le décrochage scolaire serait sûrement à la baisse.
En mars 2023, j’ai publié mon premier article. Les mains un peu tremblantes, je l’avoue.
J’ai relu ce texte au moins dix fois avant de l’envoyer. J’avais peur du jugement. Peur qu’on rie de mes fautes.
Mais personne n’a ri. Denis, lui, m’a simplement encouragé à continuer.
Je n’ai jamais arrêté depuis.
Denis a su croire en moi, une fois de plus. Il m’a transmis sa vision et sa passion pour la motoneige et le VTT.
Ce que Denis m’a vraiment donné
Avec le recul, je réalise que Denis ne m’a pas juste donné une chance à la caméra ou une place dans un magazine.
Il m’a donné la permission d’être moi-même. Avec mes forces. Avec mes fautes. Avec mon accent de Gaspésie.
Dans notre milieu, on peut vite se sentir petit. On regarde les grandes chaînes, les gros budgets, les pilotes professionnels. Et on se dit qu’on n’a pas notre place.
Denis, lui, ne voyait jamais les choses comme ça.
Il voyait un gars de garage avec une caméra et une vraie passion. Et pour lui, c’était suffisant pour mériter une place à la table.
Il ne m’a jamais demandé de devenir quelqu’un d’autre. Il m’a juste demandé d’être plus moi-même, encore plus fort.
Aujourd’hui, quand je tourne une capsule mécanique, ou quand j’écris un article pour le magazine, je pense encore à lui. À sa confiance. À sa générosité.
Merci, Denis
Grâce à Denis Lavoie, grâce à ce « boost » de passion et de détermination, j’ai grandi. J’ai repoussé mes limites.
Je suis passé d’un petit gars gêné de 200 abonnés à quelqu’un qui ose écrire, filmer et partager sa passion sans avoir peur du jugement.
Ça, c’est en grande partie grâce à toi, Denis.
Tu n’as jamais cherché à être connu pour ce que tu accomplissais. Tu cherchais plutôt à faire briller les autres autour de toi.
Et c’est exactement pour ça que ton départ laisse un vide immense dans notre industrie.
Merci, mon Denis.
Merci d’avoir cru en un petit gars de Québec et de la Gaspésie que personne n’avait encore remarqué.
Merci de m’avoir montré qu’on peut écrire avec le cÅ“ur, même quand les mots ne sortent pas parfaits.
Ta passion va nous manquer à tous. Mais elle continue de vivre, dans chaque capsule, chaque article, chaque personne que tu as touchée.
Repose en paix, mon ami.
Un témoignage de Sébastien Ferron, Chroniqueur Motoneiges.ca, Tazmonster Sleds and Bikes, en mémoire de Denis Lavoie






